Babacar Diagne président du CDES sur le pétrole : « Il faut que les autres puits qu’on va développer, puissent revenir aux nationaux »

Après la concertation nationale sur la gestion des recettes du pétrole et du gaz, présidée par le président Macky Sall, M. Babacar Diagne, président du conseil des entreprises du Sénégal (CDES) a été face à la presse ce lundi 18 juin 2018 pour donner son avis sur ladite concertation, sur la naissance du club des investisseurs sénégalais et sur la dette intérieure qui plombe la croissance des entreprises. Selon le président du CDES, concernant le pétrole, il faut que les puits restants puissent revenir aux sénégalais.

La concertation nationale, une belle initiative

Nous saluons cette belle initiative venant du président de la république et du gouvernement d’organiser une rencontre entre les opérateurs, les vecteurs d’opinion, de la société civile autour du projet de loi pour la redistribution des recettes provenant des ressources minières. Je pense que c’est une belle initiative que nous saluons, nous membres organisation patronale, le conseil des entreprises du Sénégal. Il serait intéressant qu’on puisse élargir le bureau du COS-pétro gaz à toutes les organisations patronales parce que les opérateurs, ceux qui feront le travail, l’exportation, c’est les opérateurs économiques, ce n’est pas la société civile, c’est bien d’impliquer la société civile pour juste qu’il ait une gouvernance publique et même privée mais le nœud de ce comité doit être composé des opérateurs économiques du secteur privé parce que c’est à eux de mener le travail. Il y a un autre volet que je trouve aussi très important, à savoir la distribution du revenu. Le fait de pouvoir garder, mettre en épargne vers 20 ans, 25% des ressources du pétrole pour les générations futures, pour moi, cela n’a pas de sens.

« Avoir un fonds souverain qui sera 100% sénégalais »

L’Etat doit être plus audacieux que ça, qu’est-ce cela veut dire, faire un eurobond, lever des obligations, 5000 milliards ou 10 000 milliards même s’il le faut sur 1 an, on peut le faire et payable sur 10 ans et financer nos propres forages et cela nous permettra d’avoir un fonds souverain qui sera 100% sénégalais. Le fait de forer un puits, cela ne te coûte pas plus 1600 milliards, imagine un peu, si on lève 10 000 milliards payables sur 20 ans, sur 15 ans, en 5 ans, on peut le faire.
Le plus grand bénéfice doit revenir aux sénégalais, aux nationaux, ce qui permettra de financer le développement du Sénégal et non l’émergence du Sénégal. Et là, même s’il faut créer une taxe qui sera spéciale, un taux de 2% soit prélevé, cela ne va pas influer sur le coût des marchés mais une taxe spéciale qui pourra aussi permettre de financer ce fonds d’investissement pour que le Sénégal puisse forer les puits restants , il y a aussi un autre piège qu’on doit prendre en considération, c’est mettre en place un comité scientifique qui va auditer toutes les charges d’exploitation parce que c’est là où il y a le plus grand piège.

Les entreprises qui ont le contrat, vont dire au finish, avant la production, ils ont dépensé 7000 milliards, si alors tel n’est pas le cas, alors 2 milliards ou 3 milliards qu’ils ont dépensés, il faut qu’il ait des pièces justificatives, toutes les grosses dépenses soient validées par l’Etat du Sénégal. Maintenant l’autre volet plus important concernant les ressources minières, il faut que la vente, les crédits soient assurés par les opérateurs sénégalais. Ils vont s’occuper de l’exploitation, de la production mais les services d’opération de vente seront assurés par des opérateurs sénégalais qui seront certifiés sinon, si on ne le fait pas, je pense bien que le Sénégal ne verra pas un grand bénéfice sur les ressources minières.

On nous parle de 650 milliards par an pendant 25 ans, 30 ans, ce n’est rien ça, c’est des miettes. Le budget du Sénégal fait 3000 milliards, 3600 milliards, il faut impérativement que les ressources du pétrole nous permettent dans 5 ans de financer à 100% le budget du Sénégal à savoir, produire 3000 milliards et ça, il nous faut qu’il ait une bonne volonté politique.

« Le club des investisseurs sénégalais montre l’échec du patronat »

Le club des investisseurs, je pense bien que c’est un club, un mouvement qui vient à son heure. Et cela montre encore une fois de plus l’échec du patronat sénégalais, il faut le reconnaître. Le patronat sénégalais n’a pas pris comme levier, comme arme de défendre les intérêts des entreprises sénégalaises et ça a impacté sur la précarité du secteur privé national, la précarité des entreprises sénégalaises. Et le CDES a alerté de belles lurettes, cela fait 4 ans qu’on est entrain d’alerter qu’il faut un changement de paradigme, il faut repenser le modèle économique du patronat sénégalais qui ne réponde pas, ne défend pas les intérêts des entreprises sénégalaises.

Et là, je pense bien le club des investisseurs, vient à son heure et le président qui est un champion que tout le monde connait, qui a fait ses preuves, nous espérons qu’il va porter le combat de l’ensemble des acteurs du secteur privé national. Des entrepreneurs sénégalais, il faut déjà qu’on commence à penser aux entrepreneurs sénégalais d’abord mais maintenant , c’est la démarche qui peut différer et nous espérons que le club des investisseurs aura une démarche inclusive, qu’il ne se limite pas donc à un club d’amis, il faut qu’il ait impérativement l’implication des vecteurs d’opinion, des TPME surtout qui constituent 90% des entreprises sénégalaises.

Si tel n’est pas le cas, ça sera du déjà vu, un patronat bis avec 40 personnes ou 100 personnes qui vont utiliser et ça serait vraiment dommage. Je pense bien, connaissant le président du club des investisseurs, qui est un patriote, un fin défenseur des intérêts nationaux et nous comptons sur ce club pour qu’il ait un changement de paradigme, pour que le patronat sénégalais soit au cœur des affaires, soit au cœur des opportunités d’affaire pour qu’ils puissent créer des milliardaires sénégalais. Et tous les marchés qu’on attribue aux occidentaux, les sénégalais peuvent le faire, maintenant qu’est-ce qui manque, c’est de l’accompagnement, c’est de la mise à niveau.

J’ai beaucoup d’espoir, connaissant le président du club, je l’ai pratiqué et je le dis haut et fort, c’est un ami. Alors, vu son patriotisme économique, vu son esprit de nationalisme économique, je pense bien qu’il peut mener à bon port toutes les missions qui sont dévolues au club des investisseurs mais si et seulement si, le club opte à une démarche inclusive. Que toutes les franges du secteur privé soient impliquées dans le processus de conceptualisation parce qu’il faut qu’il ait une transition, ce n’est pas juste des milliardaires qui vont se regrouper pour bénéficier des opportunités d’affaire, il faut que ces opportunités d’affaire puissent aller jusqu’à la base, à savoir des 98% des entreprises sénégalaises qui sont des micro et petites entreprises, il ne faut pas les laisser en rade, les laisser en rade, cela veut dire qu’il y aura du déjà vu.

Je pense que les ressources minières appartiennent aux sénégalais, aux nationaux. Ce qu’une entreprise occidentale peut faire, un Etat peut faire mieux. Si une entreprise peut lever des fonds à 2000,3000 milliards, un Etat qui est plus souverain, qui a plus de garantie, peut lever 10 fois plus. Maintenant, cela dépend de l’audace que tu auras pour ça. Nous savons que les autres puits qu’on va donner et qu’il ait des appels d’offre, il y a du pétrole, pourquoi lui donner encore à une autre structure qui va se sucrer sur le dos des sénégalais.

Tu pars au Nigéria, la majorité des structures de forage appartiennent au Nigéria et les sénégalais peuvent le faire. Sinon on va accompagner les investisseurs sénégalais qui vont trouver des joints venture avec des pays qui ont l’expérience, l’expertise et développer des synergies pour forer des puits qui vont devenir des fonds souverains sénégalais, c’est là le deal. Ce qu’une entreprise comme Total peut faire, le Sénégal qui est Etat a plus de garantie pour faire mieux .Maintenant tout dépend de l’audace qu’on aura mais si on veut en bénéficier au maximum, il faut que les autres puits qu’on va développer, puissent revenir aux sénégalais, aux nationaux et , c’est possible avec l’accompagnement de l’Etat qui a une bonne signature, il y a des ressources qui sont là dans 2 ans, 3 ans. Et tous les eurobonds qu’on va lever, ces fonds seront injectés dans la production de gaz et de pétrole mais en 5 ans, on peut le rembourser.

« On ne joue pas avec la dette intérieure »

Je pense que le problème est déjà là, il faut une solution rapide et efficace. La dette publique, ça plombe la trésorerie des entreprises. On ne joue pas avec la dette publique, avec la dette intérieure et surtout la dette contractée auprès du micro et petites entreprises, ce n’est pas possible, même s’il faut lever des fonds pour la payer, il faut le faire parce que cet argent-là sera réinjecté dans le circuit économique. Il y a un problème de trésorerie, il faut que les entreprises soient payées à temps réel. Il faut l’Etat remue mer, ciel pour payer les entreprises. Le secteur du Btp emploie beaucoup. Si les entreprises ne sont pas payées, leurs sous-traitants ne seront pas payés. Et c’est toute une chaîne qui subira la galère.

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1 Comment

  1. Niit
    20 juin 2018 at 15 h 58 min Reply

    Il faut être con pour parler de réserver l’exploitation des nappes à des nationaux, qui en dehors de spéculer sur les bons impayés à des paysans, n’ont aucun état de service dans le secteur pétrolier.

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