“je ne veut plus qu’en France la pauvreté soit un héritage qu’on se transmet de génération en génération”( Agnès Buzyn)

C’est la première fois que la ministre des Solidarités et de la Santé se penche aussi longuement sur le sens de son action dans une interview. Morceau choisi de cet entretien paru dans La République En Marche la réponse du ministre de la solidarité à beaucoup de préoccupation tels  que la santé , la dépendance , l’enfance et la retraite pour ne citer que ceux-là. Agnès Buzyn livre sa vision par rapport à cette longue file d’ attentes. Entretien

Concernant la petite enfance, le système français est-il toujours aussi exemplaire ou faut-il aujourd’hui basculer vers quelque chose de différent ?

Il faut le faire bouger. Aujourd’hui notre système de crèche par exemple favorise de fait les couples qui travaillent. Il n’est pas du tout incitatif pour des personnes sans emploi puisque ces personnes n’ont pas besoin de faire garder leurs enfants en temps plein – donc cela pose des problèmes de rentabilité pour les crèches. Et je dois dire que le système de tarification de ces structures est en partie responsable de cet état des lieux.

Nous venons de signer les objectifs à la fois financiers et qualitatifs définissant la politique familiale de la Caisse Nationale d’Allocations Familiales pour les 5 ans à venir. Parmi ces objectifs, des bonus financiers ont été créés : des bonus pour la création de places de crèches dans les quartiers relevant de la politique de la ville, des bonus pour favoriser la mixité sociale ainsi que l’accueil d’enfants en situation de handicap. Cela n’a jamais été fait avant. Aujourd’hui, on s’engage dans cette voie.

Nous travaillons également sur la transparence de l’attribution des places en crèches. Le système est aujourd’hui opaque et les parents se voient refuser des places sans explications et sans accompagnement vers un mode de garde alternatif. Nous travaillons à changer cela, pour que tous les parents aient la possibilité de concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle.

Concernant la dépendance, pourquoi parle-t-on de nouveau risque alors que tous les Français y sont ou seront un jour confrontés ?

C’est un risque qu’on ose aujourd’hui appeler comme tel et qu’on pose sur la table comme un vrai sujet sociétal en disant « on ouvre ce débat ». Mais ce n’est pas un nouveau risque. Tous les gouvernements des 15 dernières années ont vu le problème et, d’ailleurs, beaucoup de rapports ont déjà été publiés sur ce sujet par le passé.

Et dans ce nouveau modèle social, quelle place donne-t-on aux personnes les plus pauvres ?

Cela va être l’orientation de la stratégie de lutte contre la pauvreté que l’on va présenter cet automne. Comme vous le savez, cette stratégie contient de multiples volets mais avec une focalisation particulière sur les enfants et les jeunes.

Très tôt dans la vie, parfois même avant la naissance, se creusent des pertes de chance qui ne pourront jamais être surmontées. Ces déterminismes sont tous liés à des carences d’apprentissage : du langage, des compétences psycho-sociales, du savoir-être ou à des problèmes de santé provenant d’un manque de sport ou d’hygiène de vie.

Ce que nous voulons, c’est véritablement changer de modèle en décidant de prévenir plutôt que de guérir. Je ne veux plus qu’en France la pauvreté soit un héritage qu’on se transmet de génération en génération. Il faut casser cette assignation à résidence qui empêche les personnes d’évoluer socialement.

Il y a ensuite les mesures qui servent à subvenir aux besoins des personnes qui vivent dans une grande précarité. Les minimas sociaux ne peuvent pas dédouaner les pouvoirs publics de leur rôle d’accompagnement des personnes vers l’émancipation par le travail. Ce qui rend heureux, c’est de savoir qu’on peut reprendre en main son destin, se former, avoir un emploi, s’inscrire dans la vie normale et c’est cet accompagnement qu’on doit aux gens.

Nous sommes conscients que ce modèle d’accompagnement vers le retour à l’emploi ne sera jamais complètement efficace et universalisé à toutes les personnes qui reçoivent des minimas sociaux. Il restera toujours, et cela a toujours été, de tous temps, des personnes extrêmement fragiles qui ne pourront pas revenir vers l’emploi et qui seront contraintes de vivre avec des minimas sociaux. C’est pour cela que l’existence de ces aides n’est aucunement remise en cause.

Mais nous devons aller plus loin pour lutter contre ces barrières qui empêchent certains de retourner vers l’emploi. Il existe énormément de personnes qui voudraient s’inscrire dans une démarche d’émancipation et qui ne le peuvent pas. D’abord parce qu’elles ne savent pas quelle porte ouvrir et ensuite parce qu’elles subissent ce qu’on appelle des freins périphériques à l’emploi.

Je pense notamment aux parents seuls avec enfant(s). Certains d’entre eux trouvent en effet des emplois mais se voient parfois dans l’impossibilité d’accepter parce que le lieu ou les horaires qu’on leur propose ne sont pas compatibles avec leur situation.

L’enjeu également, c’est de trouver quels sont les acteurs qui peuvent aider, à tous les niveaux, les personnes les plus vulnérables ?

Oui. Il existe de nombreux acteurs qui peuvent aider les personnes les plus vulnérables, mais leur nombre entraine aussi de la complexité. Tous les acteurs du champ de l’insertion et de l’accompagnement comme les associations, Pôle emploi, les départements ou la CAF sont essentiels dans la lutte contre la pauvreté mais cette multiplicité des guichets est aussi un problème.

C’est pour cela que l’un des objectifs fondamentaux de la stratégie de lutte contre la pauvreté que l’on va mettre en place est de simplifier l’accès aux aides.

Concernant la petite enfance, le système français est-il toujours aussi exemplaire ou faut-il aujourd’hui basculer vers quelque chose de différent ?

Il faut le faire bouger. Aujourd’hui notre système de crèche par exemple favorise de fait les couples qui travaillent. Il n’est pas du tout incitatif pour des personnes sans emploi puisque ces personnes n’ont pas besoin de faire garder leurs enfants en temps plein – donc cela pose des problèmes de rentabilité pour les crèches. Et je dois dire que le système de tarification de ces structures est en partie responsable de cet état des lieux.

Nous venons de signer les objectifs à la fois financiers et qualitatifs définissant la politique familiale de la Caisse Nationale d’Allocations Familiales pour les 5 ans à venir. Parmi ces objectifs, des bonus financiers ont été créés : des bonus pour la création de places de crèches dans les quartiers relevant de la politique de la ville, des bonus pour favoriser la mixité sociale ainsi que l’accueil d’enfants en situation de handicap. Cela n’a jamais été fait avant. Aujourd’hui, on s’engage dans cette voie.

Nous travaillons également sur la transparence de l’attribution des places en crèches. Le système est aujourd’hui opaque et les parents se voient refuser des places sans explications et sans accompagnement vers un mode de garde alternatif. Nous travaillons à changer cela, pour que tous les parents aient la possibilité de concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle.

Articles similaires

Leave a Reply

Entrez Captcha ici : *

Reload Image

Scroll Up