Mme Aïcha Niang, Responsable Pays de Yango Sénégal, dans une interview accordée à Business221.com, estime chez Yango, ils utilisent la technologie et les données pour promouvoir les bonnes pratiques de conduite. Selon elle une grande partie du secteur du transport urbain reste informelle. Elle a tenu à préciser que la sécurité routière est une responsabilité partagée. Mme Niang a souligné entre autres qu’ils utilisent  également des systèmes de photo contrôle pour vérifier l’état actuel des véhicules avant leur mise en circulation sur la plateforme.

Business221. Com : Aujourd’hui Yango est incontournable dans le transport urbain. Comment appréciez-vous le secteur du transport ?

Aïcha Niang : Le transport urbain au Sénégal est à un tournant. La demande croît rapidement, surtout à Dakar, mais une grande partie du secteur reste informelle, avec des enjeux de sécurité et de fiabilité pour les conducteurs comme pour les passagers. Cela rend la professionnalisation et la modernisation indispensables. Les solutions numériques de mobilité urbaine comme Yango peuvent apporter davantage de structure, de responsabilité et de normes de sécurité au transport quotidien, tout en rendant la mobilité plus accessible.

 Aujourd’hui, la sécurité routière occupe le devant de la scène avec des campagnes de sensibilisation. Comment Yango entend jouer sa partition ?

La sécurité routière est une responsabilité partagée, et nous considérons que notre rôle est très concret : soutenir des comportements de conduite plus sûrs grâce à une formation continue et au déploiement de technologies avancées. Au Sénégal, environ 90 % des accidents sont liés à des facteurs humains : excès de vitesse, comportements imprudents ou manque de formation adéquate lors de l’obtention du permis. C’est pourquoi notre collaboration avec l’ANASER se concentre directement sur la prévention et la formation des chauffeurs partenaires. Ensemble, nous organisons des sessions de sensibilisation et proposons des formations sur les bonnes pratiques de conduite aux chauffeurs partenaires. Nous intégrons également la sécurité dans l’expérience quotidienne : rappels via l’application, outils de signalement des incidents et suivi continu des comportements à risque, tels que les accélérations soudaines ou les excès de vitesse.

De manière concrète, les résultats sont encourageants. Entre juillet 2024 et juillet 2025, nous avons observé une baisse de 7 % du nombre de signalements d’accidents. Ce chiffre montre l’impact tangible de nos efforts conjoints avec nos partenaires et les autorités et nous encourage à poursuivre dans cette voie pour renforcer encore la sécurité au quotidien.

L’Agence nationale de Sécurité routière (ANASER), dénombre en moyenne plus de 5 000 accidents, 8 500 blessés et 745 morts (soit deux par jour) recensés chaque année. Comment expliquez-vous cette situation ?

Ces chiffres reflètent des enjeux profonds. Comme évoqué précédemment, au Sénégal, les accidents de la route sont principalement liés à des facteurs humains : excès de vitesse, fatigue, dépassements dangereux ou conduite sans formation adéquate. Une partie des automobilistes n’a malheureusement jamais été formée – ou très peu – dans des centres agréés, ce qui affecte directement la discipline sur la route. Les conditions des véhicules contribuent également, de nombreux véhicules n’étant pas inspectés ou entretenus régulièrement. Quant aux infrastructures, leur rôle reste limité, représentant environ 3 % des accidents, principalement en zones urbaines.

En tant qu’entreprise technologique offrant des services de mobilité urbaine, nous contribuons en intégrant formation, suivi et sensibilisation dans les pratiques quotidiennes de nos partenaires et utilisateurs. Nous utilisons également des systèmes de photo contrôle pour vérifier l’état actuel des véhicules avant leur mise en circulation sur la plateforme. Cela nous permet d’identifier et d’empêcher l’utilisation de véhicules mal entretenus, réduisant ainsi les risques liés aux défaillances mécaniques.

Selon vous, quelles sont les causes de cette insécurité routière ?

L’insécurité routière au Sénégal résulte de plusieurs facteurs interconnectés. Le manque de formation professionnelle est un enjeu majeur — certains conducteurs n’ont jamais suivi de formation dans des centres agréés, ce qui crée des lacunes en matière de connaissances et de discipline sur la route. L’état des véhicules est un autre facteur : beaucoup sont mal entretenus et font l’objet d’un suivi limité pour garantir le respect des normes de sécurité. Les infrastructures jouent un rôle moindre, principalement en zones urbaines, où la congestion et la dégradation des routes augmentent les risques.

En pratique, cela signifie que les leviers les plus urgents pour réduire les accidents sont une meilleure formation des conducteurs, un contrôle plus strict des véhicules et un renforcement de l’application des règles existantes. Concentrer les efforts sur ces domaines permettrait d’obtenir l’impact le plus significatif.

 Quelles sont les solutions que vous proposez pour faire face à cette insécurité routière ?

Améliorer la sécurité routière nécessite un effort collectif. Les communautés et les individus doivent adopter des comportements plus sûrs : respecter les limitations de vitesse, éviter de conduire en cas de fatigue et veiller à l’entretien régulier des véhicules. Les autorités jouent également un rôle clé, en renforçant les standards de formation et les contrôles, et elles se sont publiquement engagées à progresser sur ces points.

Chez Yango, nous intervenons là où nos outils sont les plus efficaces. Notre application inclut des fonctionnalités telles que le partage d’itinéraire, un bouton SOS et un système d’évaluation mutuel qui favorise la responsabilité de chacun. Du côté des chauffeurs partenaires, l’application Yango Pro permet de suivre en temps réel les comportements à risque, offrant aux partenaires la possibilité de corriger rapidement les écarts. En collaboration avec l’ANASER, nous organisons régulièrement des sessions de formation, distribuons des casques certifiés et des gilets réfléchissants, et menons des campagnes de sensibilisation rassemblant des centaines de chauffeurs et coursiers partenaires.

Quels sont les défis de la sécurité routière à relever ?

Le défi principal reste d’obtenir un changement durable des comportements sur la route, ce qui nécessite un engagement soutenu de tous les acteurs — conducteurs, passagers, autorités et entreprises de transport. Un autre enjeu est d’améliorer la professionnalisation du secteur : des véhicules mieux entretenus, une formation continue et un suivi efficace sont essentiels.

Les outils digitaux peuvent jouer un rôle de soutien important. Chez Yango, nous utilisons la technologie et les données pour surveiller les comportements à risque, promouvoir les bonnes pratiques de conduite et renforcer la transparence et la responsabilité. Par exemple, notre plateforme permet de détecter les excès de vitesse ou les accélérations brusques et fournit des retours exploitables aux conducteurs.

En définitive, la sécurité routière est une responsabilité partagée. Chaque conducteur, passager et autorité a un rôle à jouer, et une action collective est nécessaire pour assurer une mobilité urbaine plus sûre au Sénégal.

(Business221.com).