La capitale Dakar a accueilli une rencontre de très haut niveau sur le Dialogue politique sur l’intégration des services climatiques et le retour d’information sur le renforcement des capacités en matière de services climatiques pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. En marge de l’ouverture de cette rencontre mercredi 1er juillet 2026, des experts venus d’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale partagent des expériences.

Rappelons que cette rencontre, c’est une initiative de la Direction de l’environnement durable et de l’économie bleue (SEBE) de la Commission de l’Union africaine (CUA), dans le cadre du Programme intra-ACP sur les services climatiques et les applications connexes (ClimSA), en partenariat avec les Centres régionaux du climat (CRC) comme le Centre météorologique régional spécialisé de Dakar logé à l’ANACIM.

Dr. Diaga Basse, Directeur général ANACIM, affirme : «Je souhaite à ce titre adresser mes sincères remerciements aux organisateurs de cette importante rencontre ainsi qu’à l’ensemble des partenaires qui, à travers le programme ClimSA, œuvrent au renforcement des capacités des Services météorologiques et hydrologiques nationaux de notre continent ».

Il rajoute : « L’Afrique est aujourd’hui confrontée à une multiplication des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes : vagues de chaleur, inondations, sécheresses, érosion côtière et variabilité croissante des saisons agricoles. Ces événements affectent directement la sécurité alimentaire, les ressources en eau, les infrastructures, les transports, la santé publique, la production énergétique et, plus largement, le développement socio-économique de nos États ».

Il estime que face à ces défis, les services climatologiques ne doivent plus être considérés comme de simples outils scientifiques. Et ils constituent désormais un véritable instrument de gouvernance, d’aide à la décision et d’investissement pour bâtir des économies résilientes.

Selon lui, produire de bonnes données ne suffit plus.

« Notre défi collectif est désormais de faire en sorte que ces informations soient effectivement intégrées dans les politiques publiques, les stratégies sectorielles et les processus décisionnels. Autrement dit, nous devons renforcer les passerelles entre les producteurs de services climatiques et leurs utilisateurs. Cela suppose une gouvernance plus inclusive, une meilleure coordination institutionnelle et une appropriation nationale des services climatiques par tous les secteurs : agriculture, aviation, transport, énergie, santé, gestion des catastrophes, urbanisme, ressources en eau et finances publiques », dira le directeur général de l’ANACIM.

Il souligne que pour les Services météorologiques nationaux, cette évolution implique également une transformation profonde de notre manière de travailler.

Il a tenu à préciser qu’au Sénégal, l’ANACIM s’est engagée dans cette dynamique en développant des produits climatologiques adaptés aux secteurs prioritaires, en renforçant les systèmes d’alerte précoce, en améliorant les plateformes de diffusion de l’information météorologique et climatique, et en consolidant les partenariats avec les différents ministères, les collectivités territoriales, les universités et les acteurs du secteur privé.

« Nous sommes convaincus que la réussite de cette transformation repose sur plusieurs piliers essentiels : une gouvernance institutionnelle solide des services climatiques ; des investissements durables dans les réseaux d’observation, les infrastructures numériques et les capacités humaines ; une meilleure valorisation des données climatiques dans les politiques publiques ; une coopération régionale renforcée entre les Services météorologiques nationaux ; et une implication accrue des utilisateurs dans la conception des services », précise-t-il.

Il conclut : « Le programme ClimSA constitue à cet égard une opportunité exceptionnelle. Il favorise le partage d’expériences, le renforcement des capacités, le développement d’outils innovants et l’amélioration des interfaces entre producteurs et utilisateurs des services climatiques, contribuant ainsi à une prise de décision mieux informée et à des politiques publiques plus résilientes. Le changement climatique ne connaît pas de frontières. Nos réponses doivent donc être coordonnées, régionales et fondées sur la solidarité. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale disposent aujourd’hui de nombreuses compétences scientifiques. Elles disposent également d’institutions régionales reconnues. Il nous appartient désormais de transformer cette expertise en politiques publiques efficaces, en investissements intelligents et en bénéfices concrets pour nos populations ».

Mme Mariane Diop Kane représentante de l’organisation Météorologique mondiale (OMM), avance : « C’est un grand plaisir et honneur pour l’Organisation météorologique mondiale (OMM) de prendre la parole à l’occasion de l’ouverture de ce Dialogue politique consacré à l’intégration des services climatologiques et au partage des expériences en matière de renforcement des capacités en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale Je voudrais tout d’abord adresser nos sincères remerciements aux autorités du Senegal pour leur accueil chaleureux, ainsi qu’à la Commission de l’Union africaine et l’ensemble de ses partenaires dont l’engagement constant contribue à faire progresser la résilience climatique sur notre continent ».

Elle estime que le thème qui leur réunit aujourd’hui, « Renforcement de la gouvernance et de l’intégration des services climatologiques pour une croissance durable en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale », traduit parfaitement les priorités actuelles de notre continent.

Selon elle, l’Afrique est l’une des régions du monde les plus exposées aux effets du changement climatique. Les sécheresses, les inondations, les vagues de chaleur, les tempêtes, les perturbations des saisons agricoles et la dégradation des ressources naturelles compromettent chaque année les efforts de développement économique et social.

Elle souligne que ces défis appellent une réponse fondée sur la science, la coopération et l’anticipation.

Et Mme Kane de rajouter : « Les services climatologiques et les alertes précoces jouent un rôle fondamental dans cette réponse. Ils permettent aux gouvernements, aux collectivités, au secteur privé et aux communautés de prendre des décisions éclairées pour réduire les risques, protéger les populations, renforcer la sécurité alimentaire, améliorer la gestion des ressources en eau, soutenir les investissements et accroître la résilience face aux aléas climatiques. Cependant, pour bénéficier pleinement de ces services climatiques, ils doivent être intégrés dans les politiques publiques, soutenus par des cadres institutionnels solides et répondre aux besoins réels des utilisateurs, comme stipulé par la Stratégie intégrée Africaine pour la météorologie, que l’Union Africaine n’a ménagé aucun effort pour mettre en œuvre à travers plusieurs projets, dont le plus récent ClimSA qui nous réunit aujourd’hui. »

Elle souligne qu’il est donc important de partager les enseignements tirés de la mise en œuvre du projet ClimSA, « d’identifier les bonnes pratiques, d’examiner les défis qui demeurent et, surtout, de définir une vision commune pour assurer la pérennité des acquis et surtout l’intégration des services climatiques aux plans nationaux de gestion des risques et catastrophes, dans les plans nationaux d’Adaptation PNA, les contributions déterminées nationales CDN et les plans nationaux de développement ; L’OMM demeure pleinement engagée aux côtés de ses membres pour accompagner cette dynamique. Nous continuerons à soutenir le renforcement des services météorologiques et hydrologiques nationaux, à promouvoir l’innovation scientifique, à favoriser le développement des capacités humaines et institutionnelles et à renforcer les partenariats régionaux indispensables à une gouvernance climatique efficace ».

Elle conclut : « Aucun pays ne peut relever seul les défis du changement climatique. Cependant, en investissant dans des services climatologiques de qualité et en renforçant notre coopération, nous pouvons transformer, le risque climatique en opportunité de développement durable. Compte tenu du haut niveau des experts, j’ose espérer des débats fructueux qui déboucheront sur des recommandations concrètes, ambitieuses et porteuses de changements durables pour les populations d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ».