L’ONG Lumière Synergie Développement (LSD), en partenariat avec Open Society Fondation Africa, a organisé ce mercredi 3 juillet 2024 un atelier de stratégie avec les femmes du département de Dakar impactées par le Train Express Régional (TER). Ils sont 600 ménages à être impactés par le TER qui réclament depuis 2016 un recasement général.

M. Babacar Diouf, spécialiste en suivi du projet infrastructures financé par la BAD au sein de l’Ong Lumière Synergie Développement (LSD), a souligné : «L’Etat gagnerait même à entrer en contact avec les plaignants pour essayer de trouver des solutions  parce que les solutions existent, eux, tous qu’ils demandent, c’est un recasement général, c’est-à-dire que l’Etat identifie des  assiettes foncières, leur octroie des  parcelles et  leur aide à  se reloger parce que même si ces personnes qui habitaient Colobane  ou bien des quartiers comme Potou, même si c’était des quartiers précaires ou même ce qu’on appelle habituellement des bidonvilles, c’était quand même des maisons et ils avaient un chez soi qu’ils ont occupé pendant plus  de 30 ans ».

Et M. Diouf de poursuivre : « Donc, aujourd’hui, s’ils se retrouvent subitement locataires ou bien hébergés par des parents, ça devient le calvaire pour eux. Les impactées au niveau de Dakar, la coordonnatrice a dit tout à l’heure qu’elles ont identifié 600 ménages. Donc, les difficultés qu’ils vivent, c’est que si aujourd’hui, vous perdez vos toits et votre travail, tout le monde sait que dans ces maisons, c’était carrément des entreprises, il y avait des femmes qui avaient des restaurants, il y avait au moins deux congélateurs, elles vendaient des repas au niveau des zones industrielles ».

Il estime que ces personnes ont perdu non seulement leur toit mais, elles ont également perdu leurs moyens de subsistance et ça a accru leur vulnérabilité et sur ce sens, les politiques de la banque sont très claires, lorsqu’un projet financé par la BAD affecte des communautés, ces communautés, leurs conditions de vie ne doivent pas décliner, au pire des cas, elles doivent retrouver leur vie d’avant.

« Mais tout le monde sait que sur tout le tronçon, les conditions de vie des communautés ont carrément décliné et la banque a clairement avoué sa responsabilité dans cette pauvreté que vivent les personnes affectées », dira-t-il.

Echec des négociations entre l’APIX et les impactées

« La plainte n’est pas réactualisée, la plainte a été déposée en 2019, elle suit un processus. Il y a eu d’abord une médiation qui a été menée par des facilitateurs commis par la Bad et l’AFD pour que le gouvernement du Sénégal et les impactés discutent et parviennent à des solutions mais malheureusement, la médiation a échoué parce que l’Apix avait jugé qu’elle ne dispose pas de ressources nécessaires pour étudier les milliers de dossiers. A l’issu de cette médiation, la banque conformément à ses politiques et à la demande express de LSD a mené une vérification de conformité du projet avec les politiques de sauvegarde environnementales et sociales de la banque africaine de développement », précise M. Diouf.

Et M. Diouf de rajouter : « Le rapport a été rendu public en janvier 2024 et dans ce rapport, la direction de la banque africaine de développement a reconnu que si aujourd’hui le TER est très utile aux populations de l’axe Dakar- Diamniadio, c’est au prix de multiples sacrifices des personnes affectées par le projet, qui ont perdu leur droit, leur emploi, leurs sources de revenus et que même ces personnes sont en train aujourd’hui de vivre un stress et des anxiétés uniquement dus à ce projet. Après cette étape, conformément aussi à la réglementation de la banque, la direction a proposé un plan d’action issu des recommandations qui sont contenues dans le rapport de conformité ».

M. Diouf souligne que le plan d’action qui est censé corriger les violations qui ont été occasionnées par le projet.

« Mais depuis 6 mois ou plus, les personnes affectées, les plaignants, tout comme LSD, nous n’avons pas de visibilité sur ce plan d’action. Donc, il n’y a pas de consultances qui sont menées avec des plaignants pour essayer de mettre en œuvre le plan d’action. Donc, c’est carrément de l’inertie, c’est pourquoi, aujourd’hui les plaignants ont jugé nécessaire de venir rappeler à la BAD ses responsabilités dans ce projet parce que, c’est la banque qui était censée veiller à la mise n’œuvre correcte de ses politiques de sauvegardes environnementales et sociales », souligne-t-il.

Refus de la BAD de financer la deuxième phase du projet si les problèmes ne sont pas réglés

« La banque a pris des décisions fortes, elle a refusé de financer la deuxième phase du projet tant que le gouvernement du sénégal ne règle pas les problèmes qui ont été soulevés dans la premiére phase du projet. Etant sénégalais, nous, nous souhaitons que l’Etat du sénégal ^prenne à bras le corps ce problème parce que ça risque même d’entacher la réputation de l’Etat. Aujourd’hui, un pays émergent comme le sénégal, un client favori de la banque, si l’Etat aujourd’hui du Sénégal va jusqu’à ce que la banque suspende un financement de plus de 102 millions de dollars, je pense que, ça peut être un préalable dangereux pour les projets futurs », a tenu à préciser M. Diouf.

Les femmes impactées crient à la discrimination

Mme Fatou Dione, Présidente des impactées du TER à Dakar, affirme : «Nous sommes impactées par le TER depuis 2017, l’Etat du Sénégal et la BAD nous font vivre une grande discrimination. Le TER en quittant Dakar pour Diamniadio, il n’est pas passé sur des passerelles ou souterrains mais, ce sont des populations à qui, on a détruit les maisons ou les lieux de travail. S’agissant les indemnisations, on a discriminé la région de Dakar parce que le problème qu’on a, c’est la non application de la réinstallation approuvée par les bailleurs mais ce qui est très grave, le site que de Lac Rose que l’Etat a donné aux impactés, on dit que les impactées du Département de Dakar ne font pas partie ».

L’Absence de conciliation décriée

« Ils ont détruit nos lieux de travail, détruit nos maisons et ils disent qu’ils ne vont pas nous recaser. Ils ne nous ont pas bien payer. Il n’y aucun barème qui figure dans le plan d’action qui est respecté dans le département de Dakar. Depuis 2017, nous courons derrière eux pour ça. Au niveau du département de Dakar, on n’a pas vu un acte de conciliation, ni PV de conciliation. C’est à Dakar que tu vois un chef de ménage qu’on a payé 25000 F CFA, c’est à Dakar que tu vois une indemnisation par billetage. En plus de ça, on nous dit qu’ils ne vont pas recaser le département de Dakar. On ne peut mettre la Banque pour le développement de l’Afrique et elle met des projets qui nuisent les populations. L’agence française de développement est concernée par la plainte mais elle est reste muette. Jusqu’à présent l’Etat ne fait rien à propos des recommandations de la BAD. Nous n’accepterons pas que les impactés soient recasés en laissant en rade les impactés de Dakar », martèle Mme Fatou Dione.

2000 familles affectées dans le département de Dakar et sa banlieue

« Le projet Train Express Régional, une infrastructure visant à accroître la mobilité dans la région de Dakar en est illustration parfaite. Il a engendré le déplacement de 14465 PAP et affecté négativement prés de 2000 familles dans le département de Dakar et sa banlieue. Or, la BAD et l’AFD, principaux bailleurs du projet disposent de politiques de sauvegardes environnementales et sociales destinées à protéger les populations riveraines de ses projets. Cependant, ces derniers ont failli à leurs responsabilités et n’ont pas pu faire respecter leurs propres politiques. Et en résultante, plus de 2000 personnes et de milliers de familles n’ont pas été correctement réinstallées ce qui accroit le risque d’une paupérisation des PAPS. Plus de 400 femmes dans le département de Dakar ont sombré dans la précarité ayant pour la plupart leurs habitations et activités génératrices de revenus », précise-ton dans les TDR.