À l’occasion du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique, organisé à Moscou, Babacar Diagne, président du Conseil des Entreprises du Sénégal (CDES), revient sur les enseignements de cette rencontre internationale et les perspectives qu’elle ouvre pour le secteur privé sénégalais.

Invité par le Mouvement international des russophiles (MIR), aux côtés d’autres acteurs du secteur privé, il a pris part aux échanges consacrés au renforcement de la coopération entre la Russie et le continent africain. Dans un entretien accordé à Senegaalnet, il partage sa perception de la Russie et expose les opportunités économiques qu’il entend promouvoir au bénéfice des entreprises sénégalaises.

Une découverte de la Russie et de son potentiel économique

Qu’avez-vous retenu de votre participation au 3ᵉ Sommet Russie-Afrique ?

Ma participation à ce sommet a été une expérience particulièrement enrichissante et une véritable découverte. Elle m’a permis de confronter certaines perceptions que je pouvais avoir de la Russie à la réalité du terrain.

J’ai découvert un pays stable, organisé, sécurisé et doté d’infrastructures particulièrement modernes. J’ai également été impressionné par son niveau de développement technologique, sa digitalisation avancée, son potentiel industriel ainsi que l’importance de ses ressources naturelles.

Au-delà de ces constats, j’ai surtout relevé la volonté stratégique de la Russie de renforcer sa diplomatie économique et de développer des partenariats durables avec les pays africains.

Pour le secteur privé sénégalais, cette dynamique représente une opportunité importante. Nous avons ainsi engagé des discussions avec plusieurs entreprises et organisations patronales russes en vue de développer des partenariats commerciaux, industriels et technologiques, notamment à travers la création de joint-ventures.

Une coopération économique tournée vers l’industrialisation du Sénégal

La Russie semble renforcer particulièrement sa coopération avec les pays de l’AES. Quelles perspectives envisagez-vous pour le Sénégal ?

Je pense que les approches de coopération peuvent être complémentaires, mais elles répondent à des priorités différentes selon les pays et les contextes.

Pour le Sénégal, notre ambition est de bâtir avec la Russie un partenariat essentiellement économique, industriel, technologique et financier.

Notre priorité est de favoriser la création d’unités industrielles de transformation sur le territoire national, le transfert de technologies, le développement des compétences locales et l’accélération de l’industrialisation.

Le Sénégal ne doit plus se limiter à exporter ses matières premières. Nous devons davantage transformer localement nos ressources, créer de la valeur ajoutée, développer des emplois et renforcer la compétitivité de nos entreprises.

Il existe également un déséquilibre important dans les échanges commerciaux entre le Sénégal et la Russie, avec une balance commerciale largement déficitaire pour notre pays. Il est donc essentiel de rééquilibrer cette relation en permettant aux entreprises sénégalaises d’accéder davantage au marché russe.

C’est précisément dans cette perspective que le CDES entend promouvoir des joint-ventures, encourager les investissements directs russes au Sénégal, faciliter l’accès aux marchés et mobiliser des financements en faveur des PME et PMI.

Nous souhaitons notamment convaincre les partenaires russes d’envisager l’implantation ou la délocalisation de certaines unités industrielles au Sénégal, afin de faire de notre pays une plateforme de production et de distribution vers les marchés africains.

Des opportunités concrètes pour les entreprises sénégalaises

Concrètement, que ramènent le patronat sénégalais et le CDES de ce sommet ?

Cette rencontre nous a permis d’identifier plusieurs opportunités de coopération avec des partenaires industriels et financiers russes.

Nous avons notamment engagé des discussions autour de projets dans les domaines suivants :

Les énergies renouvelables et la production d’électricité, avec des perspectives de partenariats pour développer des solutions énergétiques adaptées aux besoins de nos entreprises et de nos territoires.

La valorisation et la transformation des déchets, à travers des technologies permettant de développer une économie circulaire et de produire de nouvelles sources d’énergie.

L’agriculture et la sécurité alimentaire, notamment avec des projets d’assemblage d’équipements, de drones agricoles et de solutions technologiques destinées au suivi des exploitations, à la surveillance des cultures et à l’amélioration de la productivité.

Le pétrole et le gaz, avec des possibilités de coopération dans les équipements, les technologies et le développement de chaînes de valeur locales.

Le financement des PME, avec l’intérêt manifesté par des partenaires financiers russes pour accompagner les entreprises sénégalaises dans leurs projets d’investissement et de développement.

Pour le CDES, l’un des acquis importants de cette mission est également l’identification d’un partenaire disposant d’un fonds d’investissement prêt à examiner des possibilités d’accompagnement financier au profit des entreprises membres de notre organisation.

Nous travaillons désormais à la formalisation de ces différentes opportunités à travers des conventions de partenariat et des protocoles d’accord avec les entreprises et institutions concernées.

Faire du partenariat Sénégal-Russie un levier de croissance pour les PME

Au-delà de la participation à un sommet international, notre objectif est de transformer les échanges diplomatiques en résultats économiques concrets.

Le CDES entend jouer pleinement son rôle d’interface entre les entreprises sénégalaises et leurs homologues russes, en facilitant les rencontres d’affaires, la mobilisation des financements, les transferts de technologies et la mise en place de partenariats industriels.

Notre conviction est simple : la coopération internationale doit désormais se traduire par des investissements productifs, des emplois, des transferts de compétences et une création de valeur au bénéfice de nos économies.

Nous voulons construire un partenariat gagnant-gagnant dans lequel les entreprises sénégalaises ne seront pas uniquement des importatrices ou des distributrices, mais de véritables partenaires industriels et économiques.

C’est cette ambition que le Conseil des Entreprises du Sénégal entend porter dans le cadre de la nouvelle dynamique de coopération économique entre le Sénégal et la Fédération de Russie.

 (Source : Senegaalnet).