«Éléphants contre dollars», le troc du Zimbabwe avec la Chine et Dubaï

Officiellement, deux arguments justifient cette curieuse transaction bilatérale: la surpopulation dans la faune du pays et la volonté de capitaliser sur la manne financière de la vente des pachydermes pour mieux entretenir les parcs nationaux. Entre 2012 et 2018, la Zimbabwe Parks and Wildlife Management Authority, chargée de la gestion et de la conservation des parcs nationaux, a exporté 93 éléphants vers la Chine et Dubaï. La transaction a rapporté 2,7 millions de dollars aux caisses de l’Etat mais pas souvent la pour la finalité annoncée.
Désormais les pachydermes zimbabwéens peuplent les parcs animaliers de Shanghai, de Jiangmeu-Hesham, de Chimelong et d’Umurgi en Chine ou encore le Safari Park de Dubaï où ils ont été transportés par avion. Via une transaction bilatérale entre les autorités de gestion de la faune sauvage, le Zimbabwe a exporté près d’une centaine d’éléphants vers les deux pays entre 2012 et 2018.

Entre 13.500 dollars et 41.500 dollars le pachyderme
«L’Autorité de gestion de la faune sauvage et des parcs du Zimbabwe a exporté un total de 97 éléphants pré-adultes en Chine et à Dubaï entre décembre 2012 et le 1er janvier 2018. Au total, 93 éléphants ont été exportés en Chine et 4 à Dubaï», a révélé Priscah Mupfumira, la ministre de l’Industrie de l’Environnement, du Tourisme et de l’Hôtellerie. Chaque éléphant a été vendu entre 13.500 et 41.500 dollars pour une facture totale de 2,7 millions de dollars dans les caisses de l’Etat zimbabwéen.

Les chiffres avancés constituent le premier bilan fourni par les autorités sur cette curieuse transaction. Deuxième pays africain en termes de population d’éléphants derrière le Botswana, devant la Namibie, la Zambie et l’Angola, le Zimbabwe justifie la vente des pachydermes pour des raisons de surpopulation.

«La capacité d’accueil du Zimbabwe est de 55.000 éléphants, mais nous en avons maintenant 85 000. Nous ne pouvons pas éliminer à cause des restrictions de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES)», justifie Priscah Mupfumira.

Derrière la vente d’éléphants, la légalisation du commerce de l’ivoire
Pour palier cette surpopulation, les autorités ont recours à l’exportation d’éléphants essentiellement vers la Chine. La manne financière de la vente est ensuite réinvestie dans des équipements et des réaménagements des parcs nationaux pour la conservation de la faune ou encore la lutte contre le braconnage. Elle finance aussi la recherche et la surveillance de certaines espèces mais aussi le financement de campagnes d’éducation et de sensibilisation à la conservation dans des communautés locales.

Entre les lignes, les difficultés financières du pays ne sont pas étrangères à cette stratégie « éléphants contre dollars américains». Les espoirs soulevés par le départ du pouvoir en 2017 de Robert Mugabe ont été douchés avec l’arrivée d’Emmerson Mnangagwa. Ce dernier n’arrive toujours à juguler la crise économique que traverse son pays, ce qui refroidit l’optimisme des investisseurs internationaux et rend difficile le financement des projets. Le pays est aux prises avec une inflation qui frise les 60%, un taux de chômage galopant et une crise économique endémique. Ce programme de vente des éléphants permet donc de renflouer des caisses de l’Etat presque vides.

D’un autre côté, la stratégie de vente des pachydermes pourrait aussi être préparatoire de la légalisation du commerce d’ivoire pour lequel le pays fait un soft-lobyying notamment lors Sommet des éléphants de Kasane au Botswana du du 3 au 7 mai 2019. «Nous sommes assis sur de l’ivoire d’une valeur de 300 millions de dollars qui pourrait être vendu pour financer nos programmes de conservation ainsi que pour aider les communautés vivant dans des zones de faune sauvage», justifie Priscah Mupfumira. Des revenus qui pourraient se retrouver à la rescousse de l’économie.

https://afrique.latribune.fr

Articles similaires

Leave a Reply

Entrez Captcha ici : *

Reload Image