Tunisie : l’économie prise en otage par l’incertitude politique, selon le FMI

A l’issue d’une mission cette semaine en Tunisie, le FMI et le gouvernement se sont accordés sur la nécessité de laisser plus de temps aux autorités pour la mise en œuvre de certaines réformes. Selon le fonds, les efforts des autorités pour stimuler la croissance en réduisant l’inflation et en stabilisant l’endettement public commencent à donner des résultats, mais la reprise économique reste fragile. En cause, un contexte politique incertain à l’approche des échéances électorales.

La Tunisie vit une année électorale avec les scrutins présidentiels et parlementaires prévus d’ici décembre. Un contexte qui risque de peser sur la reprise économique du pays alors que la croissance peine à décoller. Malgré l’assistance technique et financière du FMI, le pays accuse un retard dans la mise en œuvre du programme de réformes économiques qui a été convenu avec l’institution de Bretton Woods, et qui est soutenu par le Mécanisme élargi de crédit (MEdC). «Les autorités ont poursuivi leurs efforts dans la mise en œuvre de politiques et réformes économiques appropriées. Néanmoins, la stabilité de l’économie continue d’être menacée par d’importantes vulnérabilités», a relevé le FMI, à l’issue d’une mission dans le pays du 27 mars au 9 avril.

Les autorités auront par conséquent besoin de plus de temps pour mettre en œuvre les réformes, et c’est d’ailleurs ce qui a été convenu avec la mission du FMI qui a rencontré le Premier ministre Youcef Chahed et le ministre des Finances, Ridha Chalghoum ainsi que le gouverneur de la Banque centrale (BCT), Marouane El Abassi. A l’issue de son séjour, le chef de la mission Björn Rother, a indiqué qu’ils ont eu «des échanges constructifs» avec les autorités tunisiennes à propos des réformes économiques qu’elles doivent engager, en dépit du contexte d’incertitudes sociopolitiques.

«Les autorités avancent résolument dans leur programme pour stabiliser et réformer l’économie tunisienne, tout en prenant en compte les contraintes socio-politiques, amenées à se renforcer à l’approche des élections présidentielles et parlementaires prévues en fin d’année. Les autorités et l’équipe du FMI sont parvenues à une entente mutuelle sur les principaux sujets et s’accordent à dire que les autorités ont besoin de plus de temps pour affiner, dans quelques domaines, les mesures qu’elles envisagent», a déclaré Björn Rothe, chef de mission du FMI pour la Tunisie.

Reprise économique modeste
Les discussions entre les deux parties continueront à Washington dans les prochains jours. Dans un communiqué, le FMI a estimé que «la reprise économique est modeste ». La croissance devrait ainsi s’établir à 2,7 % en 2019, en hausse après les 2,6 % enregistré en 2018, année durant laquelle l’activité a été portée par la production agricole et les services, en particulier touristiques. En revanche, poursuit la même source, «la croissance continue à être obérée par un contexte politique et économique incertain, et des freins structurels, tels qu’un accès imparfait au financement». De fait, la croissance n’a pas suffi à faire reculer le chômage, qui reste particulièrement élevé pour les jeunes et les femmes.
«L’économie tunisienne et les créations d’emplois restent grevées par des déséquilibres importants», poursuit le FMI qui relève que la croissance est trop dépendante de la consommation, tandis que l’investissement et les exportations sont insuffisamment dynamiques. Par ailleurs, les dettes publiques et extérieures restent élevées et sur une trajectoire ascendante, «elles engendrent des besoins de financement non-productifs importants et un fardeau pour les générations futures». Enfin, même si elle s’est quelque peu repliée, l’inflation se situe toujours à plus de 7 %, «et contribue à un effritement du pouvoir d’achat, notamment des ménages les plus vulnérables», a alerté le fonds international dirigé par Christine Lagarde. Lors de son séjour en Tunisie, en janvier 2018, la directrice générale du FMI a rappelé aux autorités les défis qui restent à relever pour l’économie tunisienne. Des défis que le président Béji Caid Essebsi léguera certainement à son successeur.
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