(Agence Ecofin) – Les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) devraient subir de plein fouet et à des échelles différentes, l’impact économique de la pandémie du nouveau coronavirus. C’est ce que révèle un rapport du cabinet Bloomfield Investment, publié il y a quelques jours.

Selon le document, la nouvelle crise sanitaire liée au covid-19 entraînera de fortes baisses de performances au niveau du commerce, des transferts d’argent de la diaspora, de l’activité économique nationale et des finances publiques. Ainsi, les exportations des pays de la zone devraient considérablement chuter en raison de leur très forte dépendance aux matières premières.

La baisse de la demande mondiale qui affecte les cours de l’or (Burkina Faso, Mali), du cacao et de la noix de cajou (Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau), du pétrole (Côte d’Ivoire, Niger, Sénégal) et du coton (Bénin, Mali, Burkina Faso, Togo), représentant à eux cinq 64,72% des exportations de biens de la région devrait entraîner une baisse des recettes commerciales. Cette situation est essentiellement due à l’exposition particulièrement forte des principaux clients de la région (Europe, Asie, Amérique) à la pandémie.

Les transferts d’argent des migrants en direction de la zone UEMOA devraient eux aussi être fortement impactés par la crise du covid-19. Il faut noter que ces ressources qui contribuent pour de nombreux ménages à assurer principalement les dépenses courantes proviennent essentiellement de l’Europe (66,1%), de la zone euro (57,7%), notamment de la France (24,0%) et de l’Italie (23,9%). Selon le rapport, « ces pays frappés durement par le Covid-19 sont à l’arrêt ; ce qui aura une incidence sur les nombreux migrants qui y vivent ». Les pays de la zone les plus touchés dans ce secteur seront le Sénégal, le Mali et le Togo où ces fonds ont représenté respectivement 10%, 5,5% et 7,7% du PIB en 2018.

Alors que la réduction des transferts d’argent en provenance de la diaspora devrait ralentir l’afflux de devises étrangères dans la zone et priver de nombreuses familles de sources de revenus, les experts de Bloomfield anticipent également une contraction du PIB régional due à un ralentissement de l’activité économique. Les activités du secteur tertiaire (tourisme, hôtellerie, restauration, divertissement, transport) seront les premières à être touchées en raison des mesures restrictives, de distanciation, de fermetures d’établissements récréatifs et des frontières prises par les pays de l’UEMOA. Cette situation devrait impacter des pays comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, dont les PIB dépendent à près de 10% des activités de tourisme et de voyage.

D’autres secteurs essentiels tels que les BTP, l’agriculture, les industries manufacturières ou pétrolières seront également particulièrement exposées au cours de l’année, réduisant ainsi les perspectives de croissance économique dans la région.

« La zone UEMOA qui sur les 5 dernières années a connu des taux de croissance relativement importants devrait pour l’année 2020, connaître une contraction de moitié de sa croissance », souligne l’étude. Une situation qui devrait accentuer la pression sur les finances publiques des Etats de la région, et qui pourrait pousser les gouvernements de l’UEMOA à revoir leurs budgets à la baisse, comme l’ont déjà fait des pays comme le Nigeria ou l’Angola.

Prendre des mesures importantes pour anticiper une reprise économique difficile

En plus des mesures prises par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour augmenter l’accès des banques aux ressources afin de maintenir et d’accroître le financement de l’économie sous-régionale, certains pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont annoncé des plans de soutien à leurs économies. Si ces mesures sont à saluer, elles pourraient (à elles seules) s’avérer insuffisantes pour répondre à la crise, surtout si celle-ci dure plus longtemps que prévu.

Pour Bloomfield Investment, la reprise économique s’annonce d’ailleurs particulièrement difficile. « Le ralentissement dans l’exécution des chantiers structurants, le ralentissement de l’activité économique, les effets indirects de la contraction de l’économie mondiale, l’arrêt de l’investissement public et privé, le report des taxes et impôts conduiront à une contraction importante du PIB de la zone en dessous de 4% si la crise ne s’étale que sur le premier semestre. La situation pourrait être plus contraignante si elle perdure après cette période ».

Avec le risque de faillite qui pèse sur de nombreuses entreprises privées, l’efficacité sur la durée des mesures prises par les autorités ouest-africaines se doit d’être un critère important dans l’adoption de leurs plans de riposte contre le covid-19. L’un des défis auxquels feront face les gouvernements de la zone est la disponibilité des ressources financières dans cette situation exceptionnelle, alors qu’elles étaient déjà difficiles d’accès en situation « normale ». Dans ce contexte, la suspension voire l’annulation de la dette des pays africains (tout au moins pour l’année 2020), demandée depuis plusieurs semaines par les dirigeants du continent, pourrait être une piste de solution intéressante. 

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